Pickleball mixte : pourquoi le double mixte est l'avenir du sport
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Le double mixte est une catégorie marginale dans la quasi-totalité des sports de raquette. En tennis, il existe surtout pour le folklore des tournois du Grand Chelem. En badminton, il survit comme une discipline parmi d'autres. Au pickleball, c'est tout l'inverse : le double mixte est l'une des trois colonnes du sport, joué partout, du club amateur du dimanche matin aux finales pro du PPA Tour. Cette spécificité n'est pas anecdotique. Elle pourrait bien être l'argument décisif pour faire entrer le pickleball au programme officiel de la NCAA aux États-Unis, et accélérer son institutionnalisation auprès de la FFT en France.
Le double mixte au pickleball : pas une catégorie, un format de référence
Sur un terrain de pickleball, hommes et femmes peuvent évoluer ensemble sans que l'écart de puissance ne déséquilibre la partie. Le terrain de 6,10 m sur 13,41 m, plus petit qu'un court de tennis, neutralise une grande partie de l'avantage athlétique masculin. La balle perforée vole moins vite, le filet est bas, et la zone de non-volée, la fameuse kitchen, impose un jeu de touche, de placement et d'anticipation où la finesse compte autant que la force. Résultat : les meilleures équipes mixtes pro sont souvent constituées de joueuses dont le ranking en simple n'a rien à voir avec celui de leur partenaire masculin, mais qui dominent grâce à leur intelligence tactique et leur main au filet.
Cette équité naturelle a fait du double mixte le format préféré du grand public. Les ligues récréatives américaines proposent quasi systématiquement une catégorie mixte, et c'est souvent par là que les couples, les amis et les familles entrent dans le sport. Les éditeurs de raquettes l'ont bien compris : un kit comme The Smart Kit, avec une raquette T700 carbone, des balles et tous les accessoires, est pensé pour qu'un duo découvre le sport à deux et progresse ensemble.
Title IX : un argument unique en faveur du pickleball
Aux États-Unis, le Title IX de 1972 oblige les universités à offrir des opportunités sportives équivalentes aux femmes et aux hommes. Concrètement, chaque fois qu'une école ajoute un sport masculin, elle doit pouvoir justifier d'une offre comparable pour les athlètes féminines. Cette contrainte explique pourquoi de nombreux programmes universitaires, notamment dans les divisions inférieures, ont du mal à se diversifier : il faut financer deux équipes là où une seule génère parfois des recettes.
Le pickleball coche toutes les cases. Il offre les mêmes opportunités aux femmes et aux hommes en simple et en double, et il propose une catégorie mixte qui réunit les deux. Cette troisième dimension est presque inédite dans le paysage sportif américain : seuls le ski, l'escrime et le tir comportent aujourd'hui des épreuves coed officielles à la NCAA. Un programme universitaire qui adopterait le pickleball obtient donc, pour le prix d'une seule infrastructure, l'équivalent de deux équipes Title IX et un format mixte. Sur le plan budgétaire et politique, c'est un argument massif.
NCAA et ligues universitaires : la structure existe déjà
Le pickleball n'est pas encore un sport officiel NCAA Division 1, mais il faut bien comprendre que l'écosystème universitaire est déjà en pleine ébullition. Trois grandes ligues coexistent : le Collegiate Series (affilié à APP et Selkirk), la National Collegiate Pickleball Association, et le College Pickleball Tour, lié à DUPR et JOOLA. Ce dernier vient d'organiser un championnat national à Atlanta, façon March Madness, avec plus de 700 étudiants venus de 64 universités. La finale a opposé Florida Atlantic University à Utah Tech, avec des moyennes DUPR de 5,3 chez les femmes et 5,6 chez les hommes, un niveau qui correspondrait, en France, à des joueurs déjà très solides en compétition régionale.
Les programmes étudiants existent dans plus d'une centaine d'universités américaines, souvent sous statut de club. Le passage au statut de varsity sport, puis à la reconnaissance NCAA, est une question de temps. À Los Angeles, des lycéens militent déjà pour que le pickleball devienne le prochain sport varsity dans leurs établissements. C'est par ce mouvement de fond, du lycée vers l'université, que le sport va finir par s'imposer dans les institutions sportives nord-américaines.
Et en France ? La FFT mise aussi sur le mixte
L'écosystème français est encore embryonnaire comparé aux États-Unis, mais il avance vite. Depuis 2023, la Fédération Française de Tennis a la délégation officielle pour le pickleball, et structure le sport autour de circuits régionaux et nationaux. Les ligues organisent des tournois homologués par catégories d'âge et par catégories simple, double dames, double hommes et double mixte. Cette dernière catégorie est massivement représentée dans les compétitions FFT, parce qu'elle correspond précisément au public qui pousse la porte des clubs : des joueurs de plus de 35 ans, souvent en couple ou en groupe d'amis mixtes, qui ne se voient pas s'inscrire à un tournoi exclusivement masculin ou féminin.
Le grand rendez-vous hivernal de la FFT, l'Open d'hiver de Pickleball 2026, accorde une place importante au mixte. Le RTA 1000 Pickleball à Lyon, qui devient une étape phare du calendrier français, propose également un tableau mixte à fort enjeu. Cette structuration FFT, sur le modèle du tennis, est en train de créer un parcours compétitif lisible pour les joueurs français qui veulent passer du loisir à la compétition. Le format mixte est, là encore, celui qui draine le plus grand nombre d'inscrits.
Pourquoi le mixte va devenir le format star
Sur le circuit pro américain, les finales mixtes du PPA Tour et du US Open sont parmi les matchs les plus regardés à la télévision. Le duo formé par Anna Leigh Waters et Ben Johns, lorsqu'il joue ensemble, attire un public que le double féminin ou le double masculin n'arrivent pas toujours à mobiliser dans les mêmes proportions. Les prize money des tournois mixtes ont rejoint, voire dépassé, ceux des autres catégories sur certaines étapes. C'est un signal fort : les organisateurs et les diffuseurs ont compris que le mixte vendait.
Cette tendance va se renforcer. Pour les diffuseurs de pickleball, le double mixte raconte une histoire : un homme et une femme qui collaborent pour gagner, dans un format où le talent féminin n'est pas une variable d'ajustement mais un moteur de victoire. Cette narration est unique dans le paysage sportif télévisuel mondial. Pour la NCAA, c'est un argument Title IX presque clé en main. Pour la FFT, c'est l'angle d'attaque idéal pour recruter dans une France où les sports de raquette traditionnels peinent à fidéliser les femmes après l'adolescence. Le double mixte n'est pas une catégorie périphérique du pickleball : c'est sans doute son meilleur ambassadeur, et celui qui finira par l'imposer durablement, des collèges américains aux clubs français.