Court de pickleball public à Singapour, joueurs en mixte au coucher du soleil avec la skyline de Marina Bay en arrière-plan

Singapour : les réservations de pickleball multipliées par 10

Le pickleball confirme une fois de plus son statut de sport à la croissance la plus rapide au monde. Cette fois-ci, le signal vient d'Asie : selon les données publiées par The Star et relayées par le compte The Pickleball Clinic, les réservations de courts de pickleball auprès d'ActiveSG, le réseau public sportif de Singapour, ont été multipliées par 10 entre 2023 et 2025. Une statistique brute, presque caricaturale, qui dit pourtant beaucoup sur la vitesse à laquelle un sport peut s'imposer dans un écosystème prêt à l'accueillir.

ActiveSG : quand la statistique fait basculer le récit

ActiveSG est l'opérateur public qui gère les centres sportifs municipaux à Singapour. Ses chiffres sont donc exempts de biais marketing : ce qui est mesuré, ce sont les réservations effectives sur les terrains gérés par l'État. Voir un sport multiplier ses réservations par dix en deux ans, dans ce cadre, ne traduit ni un effet d'aubaine ni une mode passagère. Cela traduit une bascule structurelle dans les habitudes de pratique d'une nation entière.

Pour mettre cette croissance en perspective : une multiplication par dix en deux ans correspond à un taux de croissance annuel composé d'environ 215 %. Aucun autre sport sur le territoire singapourien n'affiche une dynamique comparable sur la même période. Et la demande continue de pousser : ActiveSG a lancé en 2025 un programme d'extension de ses infrastructures spécifiquement dédiées au pickleball, signe que l'institution publique a pris la mesure du phénomène et entend l'accompagner.

Comment Singapour a transformé le pickleball en sport national

La trajectoire singapourienne combine plusieurs ingrédients rarement réunis. D'abord, un État sportif extrêmement actif, qui sait identifier rapidement les pratiques émergentes et les soutenir avec des infrastructures dédiées. Ensuite, une culture urbaine où le sport collectif accessible est valorisé comme outil de cohésion sociale. Enfin, une diaspora américaine et australienne très présente, qui a importé le pickleball dès les années 2020 et l'a fait essaimer dans les clubs, les écoles internationales puis les centres publics.

Sur le plan opérationnel, Singapour a fait deux choix décisifs : convertir progressivement des courts de tennis et de badminton existants en terrains de pickleball, et lancer des programmes d'initiation gratuits ou subventionnés pour les retraités, les familles et les jeunes actifs. La combinaison « infrastructures publiques + initiation accessible » a démultiplié l'effet d'entraînement, exactement comme cela avait été observé aux États-Unis quelques années plus tôt.

Singapour, vitrine d'un mouvement asiatique de fond

Le cas singapourien n'est pas isolé. Il s'inscrit dans une dynamique régionale beaucoup plus large, où plusieurs pays asiatiques voient leur base de pratiquants exploser. La Chine, en particulier, est devenue un mastodonte invisible : selon les données les plus récentes, plus de 60 millions de Chinois jouent au pickleball chaque mois, ce qui en fait probablement la plus grosse base de joueurs au monde. Le Vietnam organise des compétitions devant des milliers de spectateurs, la Malaisie déploie le sport dans les écoles, et l'Inde voit émerger une scène compétitive sur les bases du badminton.

Cette accélération asiatique participe à un mouvement plus global, où la majorité des nouveaux joueurs ne sont déjà plus américains. Ce point est crucial : plus de 70 % des pratiquants de pickleball vivent désormais hors des États-Unis. Singapour est l'un des laboratoires de cette internationalisation, avec un atout supplémentaire : la qualité de ses statistiques publiques permet de documenter cette croissance avec une rigueur rare dans la région.

Pourquoi cette accélération est plus structurelle que cyclique

On pourrait être tenté d'analyser la croissance singapourienne comme un effet de mode appelé à retomber. Plusieurs indicateurs suggèrent au contraire qu'il s'agit d'une bascule durable. D'abord, la diversification des publics : les chiffres d'ActiveSG montrent une croissance répartie sur tous les âges et toutes les communautés (sino-singapouriens, malais, indiens, expatriés). Ensuite, l'engagement des fédérations sportives locales, qui s'organisent pour structurer un calendrier compétitif et professionnaliser l'arbitrage. Enfin, l'arrivée des sponsors internationaux, qui financent des étapes de circuit professionnel et installent durablement le pickleball dans le paysage médiatique.

Plus largement, ce phénomène s'inscrit dans une réalité mondiale impressionnante : plus de 80 millions de personnes ont déjà joué au pickleball dans le monde. La trajectoire de Singapour permet d'observer en temps réel comment un État construit un écosystème complet, terrains, formation, compétition, médias autour d'un sport encore considéré comme émergent il y a cinq ans. À ce titre, la cité-État joue un rôle de laboratoire stratégique pour les fédérations européennes, asiatiques et latino-américaines qui cherchent un modèle à dupliquer.

Et en France ? Que retenir du modèle singapourien

Le modèle français est différent : la pratique se développe d'abord par les clubs de tennis, sous l'égide de la Fédération Française de Tennis, qui a intégré le pickleball à ses compétences. Mais l'enseignement central de Singapour reste pertinent : pour qu'un sport explose, il faut combiner offre publique d'infrastructures, programmes d'initiation accessibles et un récit positif relayé par les médias et les institutions. La France coche déjà la première et la troisième case ; reste à amplifier la deuxième, en particulier dans les villes moyennes et les quartiers populaires.

Sur le plan des ordres de grandeur, la France compte à ce jour quelques dizaines de milliers de pratiquants réguliers bien loin des chiffres asiatiques. Mais la dynamique de fond est comparable : ouverture de nouveaux terrains à un rythme inédit, intégration au calendrier scolaire, et apparition d'événements professionnels couverts par la presse spécialisée. Si la France reproduit ne serait-ce qu'un quart de la trajectoire singapourienne, le pickleball pourrait s'imposer comme l'un des dix sports de raquette les plus pratiqués du pays d'ici 2030.

Se mettre au pickleball : par où commencer

Que l'on soit curieux de tester le sport, parent qui souhaite occuper ses enfants pendant les vacances ou senior actif à la recherche d'une activité conviviale, le pickleball reste l'un des sports les plus accessibles à démarrer. Le matériel est limité, une raquette, des balles, idéalement un kit complet pour ne pas se poser de questions et les règles s'apprennent en cinq minutes. Pour celles et ceux qui veulent un point de départ qui couvre tout, le Smart Start Kit propose une raquette en carbone T700, quatre balles, un grip, un edge guard et deux cadeaux, ce qui permet de jouer sans rien acheter d'autre dès la première sortie.

L'autre conseil, c'est de privilégier dès le départ une session encadrée par un club ou une session « open play », plutôt qu'une partie isolée. C'est dans la rotation des partenaires, le mélange des niveaux et l'apprentissage par observation que le sport prend toute sa saveur et c'est précisément ce que Singapour, via ActiveSG, a structuré à grande échelle pour multiplier ses réservations par dix en deux ans seulement.

Le signal Singapour, à écouter de près

La statistique d'ActiveSG est plus qu'une anecdote : c'est un avertissement utile pour toutes les fédérations sportives qui hésitent encore à prendre le pickleball au sérieux. Quand un État disposant de l'une des meilleures bureaucraties sportives au monde décide d'investir massivement dans un sport, c'est qu'il a calculé que la dynamique est durable, monétisable et positive pour la santé publique. Le ×10 singapourien n'est probablement pas le pic, mais une étape sur une courbe qui continue de monter. Et il rappelle, une fois de plus, que le pickleball est en train de redéfinir le paysage sportif mondial à une vitesse que peu d'observateurs avaient anticipée.

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