Vue aérienne d'un resort de golf américain type PGA National avec courts de pickleball aux couleurs US Open intégrés à côté du parcours et du clubhouse

PGA National, Boca Raton : pourquoi les resorts de golf US misent tous sur le pickleball

Aux États-Unis, le pickleball n'est plus un simple sport tendance qui se joue dans les parcs municipaux ou les paddle clubs urbains. Il est en train de redessiner la cartographie des country clubs et des resorts de golf les plus prestigieux du pays. Lorsque PGA National Resort à Palm Beach Gardens et The Boca Raton Club en Floride, deux institutions historiques du golf nord-américain, ouvrent côte à côte des batteries de courts de pickleball pour leurs membres, c'est un signal qui en dit long sur la mutation profonde de l'industrie du sport-loisir haut de gamme.

Comme l'a partagé The Pickleball Clinic sur Instagram, ces deux noms ne sont que la partie visible d'un mouvement bien plus large : la quasi-totalité des grandes destinations golf américaines installent désormais des terrains de pickleball — et de padel pour certaines — pour répondre à une demande qui ne cesse de grandir et fidéliser des membres dont les usages évoluent. Pour le marché européen, et notamment l'écosystème français des hôtels-clubs et des resorts en pleine recomposition, le mouvement constitue un cas d'école qu'il devient urgent d'observer de près.

Le pickleball, nouveau standard implicite des country clubs américains

Pendant des décennies, le country club américain reposait sur un trio quasi sacré : un parcours de golf, une piscine, et une poignée de courts de tennis. Ce modèle, hérité des années 1950, a longtemps suffi à justifier des cotisations annuelles à plusieurs dizaines de milliers de dollars. Mais à partir du milieu des années 2010, les directeurs sportifs des principaux clubs ont commencé à observer un phénomène qu'ils n'arrivaient plus à ignorer : la fréquentation des courts de tennis baissait, tandis que les membres réclamaient de plus en plus un sport qu'ils découvraient ailleurs — le pickleball.

La réponse a d'abord été timide. Quelques courts traçés à la peinture sur un terrain de tennis existant, des filets amovibles installés deux après-midis par semaine. Puis l'usage s'est imposé : il est devenu plus rare de croiser des membres en train de jouer au tennis qu'en train de jouer au pickleball. Les chiffres publiés par la Sports & Fitness Industry Association (SFIA) confirment l'ampleur du basculement : le pickleball compte aujourd'hui près de 50 millions de joueurs aux États-Unis, soit dix fois plus qu'il y a cinq ans.

Pour les country clubs, l'arbitrage devenait évident. Sacrifier un court de tennis sous-utilisé pour y construire trois ou quatre courts de pickleball générait immédiatement plus de valeur perçue, plus d'inscriptions, plus de cours collectifs facturés et plus de réservations payantes. Le pickleball est devenu, en quelques années, un standard implicite : un club privé qui n'en propose pas est désormais perçu comme « en retard ».

PGA National et The Boca Raton Club : étude de deux pionniers

PGA National Resort, mythique terrain d'accueil du Honda Classic sur le PGA Tour, a inauguré ses courts de pickleball il y a quelques saisons et compte désormais près d'une douzaine de terrains officiels, certains éclairés pour le jeu de nuit. La structure est exploitée par le club avec une grille horaire dédiée, des cours collectifs au programme hebdomadaire et des tournois internes ouverts à tous les niveaux. Les membres, qui paient des cotisations parmi les plus élevées de Floride, plébiscitent l'investissement.

The Boca Raton Club, propriété de l'investisseur Michael Dell (le patron de Dell Technologies), a poussé la logique encore plus loin avec un complexe entier baptisé « The Hub », rassemblant huit courts de pickleball, des courts de padel et un fitness center moderne. La direction sportive a publiquement reconnu que les courts de pickleball étaient devenus l'attraction sportive la plus rentable du resort en termes de marge horaire au mètre carré, devant les parcours de golf eux-mêmes.

Cette logique n'est pas un cas isolé. Le Cincinnati Open, propriétaire d'un site rénové à 260 millions de dollars, a explicitement intégré six terrains de pickleball dans son complexe de tennis rénové. La star Rafael Nadal a fait de même, comme nous l'avons documenté avec son immense centre de tennis et de pickleball en République dominicaine. Le message est clair : aucun grand projet sportif ne se construit plus sans pickleball.

Pourquoi les resorts de golf adoptent massivement le pickleball

L'adoption du pickleball par les resorts de golf relève d'une convergence de raisons qui dépasse le simple effet de mode. Le premier facteur est démographique. La clientèle des country clubs vieillit et cherche un sport plus doux pour les articulations qu'un parcours de 18 trous, mais qui conserve une dimension sociale et compétitive. Le pickleball coche toutes ces cases avec une courbe d'apprentissage particulièrement courte qui permet à un débutant de prendre du plaisir dès la deuxième séance.

Le deuxième facteur est économique. Là où un parcours de golf occupe entre 40 et 70 hectares, dix courts de pickleball tiennent sur 1 500 mètres carrés. Le ratio de rentabilité par mètre carré est sans comparaison, surtout lorsqu'on intègre les revenus annexes : leçons collectives, location d'équipement, organisation de tournois ouverts à des invités payants, restauration sur place. Un court de pickleball bien exploité génère couramment entre 80 000 et 150 000 dollars de chiffre d'affaires annuel, loin devant la rentabilité d'un court de tennis traditionnel.

Le troisième facteur, plus discret mais déterminant, est la dimension intergénérationnelle. Le pickleball est l'un des rares sports où grands-parents, parents et adolescents peuvent jouer ensemble dès la première séance, sur le même terrain et avec le même niveau de plaisir. Cette caractéristique transforme un séjour familial en resort en expérience partagée, ce qui accroît mécaniquement la valeur perçue du séjour et la propension des familles à revenir l'année suivante.

Du tee-time au court time : un modèle économique en train de basculer

Le glissement le plus profond, qui passe encore sous le radar des analystes traditionnels du sport-loisir, est celui du modèle de revenus. Pendant cinquante ans, les country clubs américains ont structuré leur économie autour du « tee-time » : la réservation d'un créneau de départ sur le parcours de golf, payée à l'année dans la cotisation et facturée à l'unité aux invités. Cette unité de mesure, héritée du temps long du golf, est en train de céder la place au « court time ».

Un court de pickleball se réserve typiquement par tranche de 90 minutes, parfois moins. Sa rotation horaire est cinq à huit fois supérieure à celle d'un parcours de golf. Cela transforme totalement la planification opérationnelle d'un resort : les services de réservation, les algorithmes de tarification dynamique, les programmes de fidélité, tout doit être repensé pour intégrer cette nouvelle granularité. Les groupes hôteliers les plus avancés (Marriott, Hilton, Four Seasons) ont déjà commencé à former leurs équipes en conséquence, comprenant que le court time deviendra dans la décennie qui vient un indicateur clé de performance au même titre que le RevPAR (Revenue per Available Room).

L'écosystème des marques sportives suit le mouvement. Callaway, l'emblème mondial du golf, vient de lancer sa propre gamme de paddles de pickleball, signe que les fabricants historiques du golf voient dans le pickleball non plus une menace concurrentielle mais une extension naturelle de leur clientèle. Quand les marques de golf elles-mêmes deviennent des marques de pickleball, le débat est tranché.

Et en France : où en sont les resorts et hôtels-clubs ?

Le mouvement français est plus récent mais s'accélère sous la pression conjuguée de plusieurs facteurs. La FFT a intégré officiellement le pickleball à son organigramme depuis 2024, ce qui a légitimé le sport auprès des clubs et des collectivités. Les premiers grands resorts français — Club Med, Center Parcs, certaines chaînes hôtelières indépendantes du Sud-Est — installent leurs premiers courts en cette saison 2026. Quelques chaînes de campings haut de gamme, en particulier sur la côte méditerranéenne et le Bassin d'Arcachon, étudient activement la création de complexes mixtes pickleball-padel.

Le retard de la France sur les États-Unis est réel mais transitoire. Notre culture du sport-loisir, l'existence d'un parc colossal d'anciens courts de tennis sous-exploités, et la formidable adhésion intergénérationnelle observée sur les premiers courts ouverts au public laissent peu de doutes sur l'ampleur que prendra le mouvement dans les cinq prochaines années. Les hôteliers, propriétaires de campings et directeurs sportifs qui anticipent dès maintenant prendront une avance décisive sur ceux qui attendront que le mouvement s'impose à eux.

Ce que cette tendance annonce pour les hôtels et campings européens

L'expérience américaine livre quelques enseignements solides pour quiconque envisage d'intégrer du pickleball dans une infrastructure de loisir en Europe. Le premier est qu'un seul court ne suffit pas : la dynamique de fréquentation se déclenche à partir de deux ou trois terrains, qui permettent l'organisation de mini-tournois et l'accueil de groupes d'amis ou de familles entières. Le deuxième est que l'éclairage des courts pour le jeu de nuit transforme la rentabilité, particulièrement dans les zones méditerranéennes où la chaleur diurne pousse les joueurs vers les créneaux de fin de journée et de soirée.

Le troisième enseignement, peut-être le plus décisif, est que le pickleball ne doit pas être pensé comme un équipement annexe mais comme un produit d'appel à part entière. Les country clubs américains qui réussissent ont structuré leur communication, leurs offres, leurs séjours thématiques et leurs réseaux sociaux autour du pickleball, en faisant un véritable marqueur de marque. Les destinations européennes qui sauront le comprendre dès cette saison 2026 prendront une longueur d'avance qu'il sera difficile de combler ensuite.

Le constat est limpide : le pickleball est devenu, en moins d'une décennie, un nouveau standard du sport-loisir haut de gamme aux États-Unis. La France et l'Europe entrent à leur tour dans cette dynamique, et l'observation attentive des stratégies de PGA National, The Boca Raton et de leurs pairs constitue probablement la meilleure boussole pour ceux qui veulent prendre le virage au bon moment.

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